Perrine Le Querrec, retenez votre souffle !
Perrine Le Querrec a plus d’une corde à son arc mais, chez elle, l’on pourrait parler de souffle. Au pluriel.
Recherchiste de profession, écrivain par passion, mêlant l’art et l’écriture, elle mène également depuis des années un travail de recherche qui relie l’asthme et la pratique artistique. À la clé : un essai, une exposition, un documentaire, des intervenants et des artistes de qualité, comme Tania Mouraud.
Rappelons combien, bien souvent en France, lorsqu’un artiste ou chercheur n’est pas intégré au réseau institutionnel, il est encore trop long et difficile pour lui de trouver un véritable soutien, ou mécénat, afin de mener ses projets à termes.
Ainsi qu’il en a été pour Karine Zibaut et Alexandre Pattein (voir archives), l’espace de la Walkerstreet n’a pas pour seule vocation de vous donner à voir et à découvrir un univers, mais aussi de permettre à ceux qui y sont présents de multiplier contacts et opportunités.
Perrine Le Querrec est à la recherche de financements et de partenariats… À vous de jouer !
Souffle, voix, art…
Asthme et art, survol des recherches de Perrine Le Querrec, par elle-même
Voici comment je suis partie en exploration sur ce territoire du souffle et de la contrainte, comment petit à petit, l’une après l’autre, les références se sont agglomérées pour me proposer un panorama d’une création sous le joug de l’asthme, sous la puissance d’un souffle expirant défaillant et dévastateur.
Il aura d’abord fallu un concert, le lieu clôt du souffle et de la voix délivrée, Tricky se convulsant sur scène.
Puis un article pour écrire mes sensations (les Inrocks), cette troublante similitude entre son corps déformé et les corps de Francis Bacon, et la découverte de leur pathologie commune : l’asthme.

Suivent alors, comme des éblouissements, Yayoï Kusama, son autobiographie Manhattan Suicide Addict, et ses descriptions de crises d’asthme.

Les œuvres de Claude Lévêque s’imposaient à moi, dans leur force et leur saisissement, pénétrant chacune des catégories que j’esquissais sur ce symptôme. Mais rien ne me disait s’il était asthmatique. Je l’ai finalement rencontré, par un hasard que ne renierait pas Vila-Matas, et j’ai pu lui poser la question qui me brûlait les lèvres : « Etes-vous asthmatique ? »

En réponse à la question que pose Perrine Le Querrec, lire l’entretien Claude Lévêque
Queneau au détour d’un rayonnage de la Bibliothèque Nationale où je recherchais un écrivain afin de l’introduire dans mes raisonnements, lorsqu’un chercheur plaça entre mes mains Queneau, l’asthme et les vitrines sanguinaires.
Le plan s’ébauchait dans mon esprit, sang, viande, souffle et cri, cage enfin.
L’essai s’ébauchait presque à mon insu.
Leur manque de souffle faisait mon bonheur. Il me permettait de plonger dans la recherche, au cœur d’un processus créatif très particulier.
Parler d’asthme, c’est véritablement parler de l’origine, c’est repartir dans les territoires de l’enfance, se replacer devant ses terreurs infantiles, devant l’abandon, la violence, le manque.
Durant la deuxième année de recherche, Tania Mouraud, dont j’étudiais l’oeuvre en vue d’un documentaire, me fit cette déclaration : « Tu sais, je suis asthmatique… »

Depuis, nous avons réalisé plusieurs entretiens autour de son asthme et de son implication dans la vie quotidienne et l’acte créatif, et grâce à elle, hors des livres qui sont la base de mes recherches, ma réflexion s’est enrichie de son expérience.
Pour Raymond Queneau, Francis Bacon, Yayoï Kusama, Tania Mouraud, Claude Lévêque et Tricky l’histoire et les oeuvres sont différentes.
Je me propose de la raconter, en regard de leurs œuvres et en m’appuyant sur une bibliographie où médecine, théorie, philosophie, histoire de l’art et psychologie se combinent et tracent les contours d’une maladie complexe.
Mon essai sera fermement ancré dans leurs mots propres – et parfois rares – pour décrire leur pathologie et leur vie près d’elle.
Pour en savoir plus…
Cliquer sur le document Ronchus et Sibilances
Pour contacter Perrine Le Querrec, cliquer ici
Comme toujours, les invités de la Walkerstreet sont pluridisciplinaires.
Alors, en attendant de trouver un mécénat, l’écrivain qu’est aussi Perrine Le Querrec donne à se lire avec la publication de son dernier recueil de nouvelles, aux éditions Jean-Michel Bordessoulles. Oui-Merci .
Quinze nouvelles qui sont autant de rencontres saisissantes et parfois cruelles. Les héroïnes ont de cinq à quarante ans. Elles ont toutes dit "Oui", elles ont toutes dit "Merci". Ecrire le cri avant la douleur est la force de Perrine Le Querrec. Sa parole et son talent.
Perrine Le Querrec sera présente au festival de Lamballe les 15 et 16 novembre 2008, pour dédicacer son livre

Crédits photos
Francis BACON :Study after Velazquez’s Portrait of Pope Innocent X, 1953
Yayoï KUSAMA : Dots Obsession, 2004
Claude LEVEQUE : Sans titre (anormal), 2003, Tubes fluo blancs
Tania MOURAUD : HOWCANYOUSLEEP, 2005, Installation permanente, vue du FRAC Lorraine, collection FRAC Lorraine, Metz
Logo : photo de Bacon avec les carcasses, John Deakin, 1950









